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MASTERCLASS : L’égalité Femmes / Hommes en entreprise, un objectif inaccessible ?

Publié le 28 septembre 2022 - Mis à jour le 29 septembre 2022

Qui oserait affirmer, aujourd’hui, que les femmes ne sont pas les égales des hommes ? Qui oserait dire qu’une femme manager est moins performante que son homologue masculin ? Ou qu’il est normal qu’une femme soit moins bien rémunérée ? »* Sûrement personne.

*DUVERNEY PRET, JORON, MAHÉ « L’égalité femmes-hommes au travail de A à Z » Geresco, 2021

D’autant que tout un arsenal législatif très développé protège en France, le sujet de l’égalité professionnelle femmes-hommes. Pourtant, dans les faits, les femmes gagnent encore 22% de moins que les hommes et au testing des CV, les femmes restent discriminées au recrutement ou lors des nominations aux postes à responsabilités. La loi, mal appliquée, est-elle toute simplement mal connue et comprise ? L’objectif de cette nouvelle Masterclass ifocop* est de contribuer à vous sensibiliser à cette question afin de permettre à chacun d’agir et de réagir en conscience.

 *diffusion originale le 14 juin 2022

L’experte : Isabelle Bagès. Aujourd’hui consultante en recrutement, coach de carrière et d’orientation après plus de 20 ans en tant que RH de terrain en entreprise (dont 11 ans chez Orange), Isabelle Bagès enseigne au sein du réseau ifocop la Gestion des Ressources Humaines et le Management. Diplômée de Sciences-Po Paris, du Master 2 RH de Dauphine, et du Master 2 de coaching d’Assas, elle est une féministe assumée depuis sa rencontre avec Gisèle Halimi à 15 ans et une « actrice du changement » depuis qu’elle elle a découvert qu’en entreprise, quels que soient les diplômes, « certains sont plus égaux que d’autres ».

Panorama des inégalités professionnelles femmes/hommes

La phrase : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait un femme incompétente ». Acerbe, cynique ou tout simplement lucide, l’écrivaine femme politique Françoise Giroud quand elle se livre à un journaliste du journal Le Monde, en mars 1983 ? Cette phrase aura en tout cas fait couler beaucoup d’encre.

En 2022 : « À chaque fois qu’on légifère pour instaurer un quota de femmes, la difficulté à recruter des femmes compétentes est invoquée par la gent masculine », dénonce Isabelle Bagès. Elle reformule la question : « Sont-elles vraiment incompétentes ou les considère-t-on plutôt comme illégitimes ? ».

Le chiffre : En France, 53% des femmes de 25 à 35 ans sont diplômées de l’enseignement supérieur, contre 46% des hommes du même âge. À noter toutefois, une répartition inégale selon les secteurs. Ainsi, 70% des inscrits dans les écoles d’ingénieurs sont des hommes. On retrouve la même proportion, à l’avantage des femmes, dans les formations littéraires, la santé ou les sciences humaines.

La tendance : Les femmes investissent le marché du travail. De 53% en 1975, elles sont passées à 68% en 2020, alors que les hommes, sur la même période, sont passés de 84% à 75%. Sur ce plan-là, l’égalité semble bientôt atteinte. Mais la parentalité vient toujours creuser l’écart : ainsi, il y a trois fois plus de « Temps partiel » chez les femmes et deux fois plus de temps consacré aux charges domestiques (4h40/Jour).

6% de l’écart de salaires entre femmes et hommes reste à ce jour inexplicable. Et on évalue à 200 ans, le temps nécessaire (au rythme actuel) pour parvenir à une égalité salariale absolue en France, si aucune mesure n’était prise.» (Insee 2022)

Définition : Derrière le terme « inégalité » employé pour dénoncer les écarts de salaire, on retrouve aussi des inégalités de carrière, précise Isabelle Bagès. « Il y a une segmentation du marché du travail en défaveur des femmes puisque les métiers masculins sont plus rémunérateurs, que les femmes sont moins souvent promues et qu’elles connaissent plus de ruptures professionnelles au long de leur carrière », dit-elle.

Comprendre les causes des inégalités, mieux agir

Comprendre : Les inégalités en entreprise s’inscrivent dans un contexte plus large, c’est-à-dire, sociétal. Inégalités de patrimoine, en politique (Elisabeth Borne, 1ere femme 1er Ministre depuis 30 ans), d’accès aux soins (la référence anatomique : les hommes !) … Le progrès, réel, reste lent. Mais les livres d’histoire sont là pour nous rappeler que certains acquis jugés « évidents » ne sont pas si vieux. Le plus célèbre d’entre eux, le droit de vote (1944), n’a même pas encore 80 ans.

Observez cette frise chronologique :

1804 : Code civil – La femme doit obéissance à son mari

1880 : Loi Camille Sée – Permet d’ouvrir collèges et lycées aux filles

1911 : Marie Curie gagne le Prix Nobel

1924 : Le bac devient accessible aux filles

1944 : Les femmes acquièrent droit de vote

1965 : Les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire à leur nom

1967 : Loi Neuwirth autorisant la contraception féminine

1968 : La scolarité devient mixte

1970 : L’autorité parentale devient conjointe : fini le « chef de famille »

1975 : Loi Veil légalisant l’IVG

8 mars 1982 : 1ère journée internationale des droits des femmes en France

2011 : Loi Copé-Zimmermann obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à avoir 40% du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration.

2016 : Loi « travail et modernisation du dialogue social » oblige à intégrer l’agissement sexiste dans le règlement intérieur, crée l’obligation de de prévention de l’employeur

Le plafond de verre : Essentiellement observé par les femmes, le plafond de verre est une réalité flagrante, qu’Isabelle Bagès soumet aussi à l’épreuve des chiffres : pourquoi y-a-t-il seulement 15% de dirigeantes quand parmi la population de cadres de laquelle ils sont souvent extraits, on recense aujourd’hui 40% de femmes ? « Il y a aussi les parois de verre, à savoir postuler pour des postes à responsabilités, certes, mais qui ne mèneront pas à la direction générale », explique notre experte. Plafond ou paroi, cela reste difficile à traverser.

La force des stéréotypes : « les femmes ambitieuses sont agressives », « les femmes ont de l’intuition mais sont nulles en maths… »… Et, plus subtil, l’invisibilisation des femmes : seulement 17 femmes Prix Nobel depuis 1901 et 12 femmes Prix Goncourt en 120 ans, 4% de Cheffes d’orchestre et « L’effet Mathilda », quand une découverte scientifique réalisée par une femme est attribuée à un homme.

« Discriminer est un délit »

Leviers

Légiférer : Une nouvelle citation pour nous éclairer sur l’inégalité femmes/hommes : « Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses. Quand on légifère, on trouve des femmes ». Nous la devons, pour l’anecdote, à Christine Lagarde, présidente de la BCE.

Oser : Négocier son salaire, comme une augmentation, demander une promotion, mettre en place des revendications collectives…

Avancées : Augmentation du congé paternité en 2021, Loi Copé-Zimmerman qui a permis de passer à 40% de femmes au sein des Conseils d’administration, Loi Rixain de 2021 (son équivalent européen) … et pénalités en cas non-respect. Bien sûr, des voies de recours juridictionnelles et non juridictionnelles demeurent car discriminer est un délit.

La RSE : mesurer pour agir

Un outil : La loi de septembre 2018 instaure l’index de l’égalité pour les entreprises de + de 50 salariés et mesure les écarts de rémunération, prévoit le rattrapage salarial au retour de congé maternité, calcule le nombre de femmes parmi les 10 plus hauts salaires de l’entreprise… « Il faut s’enlever de la tête que le salaire des femmes est un salaire d’appoint, pas celui qui permet à la famille de vivre », commente Isabelle Bagès. Réagissez alors à ce chiffre : 80% des familles monoparentales sont dirigées par des femmes… Consultez aussi le site du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle.

S’engager : L’entreprise peut s’engager à travers des labels ou des chartés égalités, veiller à faire évoluer les pratiques managériales, conscientes que « l’égalité, comme la diversité, sont une source de performance ». Dans la liste des nouvelles bonnes pratiques RH : mettre en place le mentorat, le coaching ou encore des actions de recrutement ciblant les femmes, voire améliorer la gestion des hauts potentiels (HP) en fléchant les parcours.

Un travail personnel : Interroger ses propres croyances pour déconstruire les stéréotypes, investir (quand on est une femme) les réseaux féminins et garder en mémoire que l’équilibre vie professionnelle / vie privée concerne tout le monde : les réunions après 17h, c’est fini !

Conclusion

Alors, l’égalité est-elle possible ? « oui, car elle dépend aussi de vous, de vos actions et de votre vigilance », répond Isabelle Bagès, constatant, à l’instar d’Emmanuelle Quiles, présidente du laboratoire Janssen France, que les mots innovation, transformation et inclusion sont tous des mots féminins.

Aller + loin

Pour continuer d’explorer cette thématique d’une actualité brûlante, nous vous recommandons le REPLAY DE NOTRE MASTERCLASS, ainsi que ces quelques ouvrages, qui auront nourri et accompagné Isabelle BAGES dans sa présentation.

  • DUVERNEY PRET, JORON, MAHÉ « L’égalité femmes-hommes au travail de A à Z », Geresco, 2021
  • GRESY « Le sexisme au travail, fin de la loi du silence », Belin, 2017
  • BATTAGLIOLA « Histoire du travail des femmes », La découverte, Repères n°284, 2008
  • MEDA « Le temps des femmes, pour un nouveau partage des rôles », Flammarion, 2002
  • LAMY« Défaire le discours sexiste dans les médias », JC Lattès, Préparez-vous pour la bagarre, 2021
  • GOLLAC, BESSIERE« Le genre du capital, comment la famille reproduit les inégalités », La découverte, SH / L’envers des faits, 2021

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